Dans neuf des dix provinces du Canada, y compris le Québec, il n’existe aucun organisme réglementaire qui soit habilité à former des inspecteurs en bâtiment aptes à superviser les inspections pré-achat d’un immeuble dans le domaine commercial et/ou résidentiel. La seule exception est la Colombie-Britanique. En effet. l’inspection d’un bâtiment n’est pas légalement reconnue comme une profession par le Code des professions et n’est pas réservée à un groupe particulier d’individus.
N’importe qui au Québec peut s’improviser inspecteur en bâtiment, mais la plupart d’entre eux sont soit des ingénieurs, des architectes, des dessinateurs industriels, des évaluateurs agréés, d’anciens promoteurs ou des hommes à tout faire. Leur formation n’est pas uniforme et, bien que chacun puisse posséder certaines connaissances dans le domaine, celles-ci ne sont pas suffisantes pour procéder à une inspection pré-achat. Il existe des associations d’inspecteurs en bâtiment qui ne sont toutefois pas régies par le gouvernement provincial. Cependant, certaines de ces associations adhèrent à des normes de pratique et à leur propre code d’éthique. D’autre part, les ordres professionnels comme ceux des architectes, des ingénieurs ou des technologues sont régis par le gouvernement, mais pas nécessairement vis-à-vis l’inspection en bâtiment.
Qu’est-ce qu’une inspection visuelle non-destructive et quand est-elle requise?
Il s’agit d’une inspection effectuée avant l’achat d’un immeuble afin de déterminer visuellement tous les vices apparents (voir mon article sur les vices cachés) qui peuvent être vus par un acheteur prudent et diligent, sans être assisté par un expert. Le gouvernement n’a pas cru bon d’obliger un acheteur potentiel à avoir recours à un inspecteur en bâtiment qui est fondamentalement non réglementé, mais d’autre part, celui-ci voulait que l’acheteur soit au courant – caveat emptor- (acheteur, méfiez-vous) si il/elle est impliqué/e dans une transaction coûteuse. En conséquence, il existe une pratique courante d’embaucher un expert afin de satisfaire à l’obligation de l’acheteur d’agir en personne prudente et diligente. En conséquence, il existe une pratique qui veut qu’un acheteur prudent et diligent ait recours au service d’un inspecteur qui pourra discerner les vices potentiels apparents avec son oeil d’expert. En effet, si les services d’un courtier immobilier sont utiles, celui-ci est requis en vertu de la Loi sur le courtage immobilier (i) de recommander à l’acheteur potentiel de faire procéder à une inspection complète par un professionnel ou un inspecteur en bâtiment qui:
- détient une assurance responsabilité professionnelle couvrant la faute, l’erreur ou l’omission;
- utilise un contrat d’inspection reconnu;
- effectue des inspections conformément aux normes et
- remet un rapport écrit à la partie qui a retenu ses services;
Ce règlement est pour le moins ambigu, puisque qu’aucun standard, ni normes d’inspection n’ont été établis quant à la façon de procéder à une inspection telle que définie par la loi. Par conséquent, afin de définir les exigences ci-dessus, nous devons tenir compte des pratiques actuelles de l’industrie et examiner la jurisprudence cas par cas.
De plus, le Code d’éthique de la Loi sur le courtage immobilier exige que les courtiers fournissent à leurs clients une liste de noms de plus d’un professionnel ou d’un inspecteur en bâtiment qui rencontrent les critères ci-haut mentionnés, de sorte qu’il n’y ait pas de partialité ou de conflit d’intérêt.
En quoi consiste une inspection? Peut-elle être destructive?
Une inspection, qu’elle soit destructive ou non-destructive, ne peut avoir lieu qu’avec le consentement du vendeur. La majorité des inspections résidentielles ne sont pas destructives et consistent à détecter les vices apparents habituellement visibles à l’oeil nu. Aucune partie (particulièrement dans le domaine résidentiel) de l’immeuble n’est détruite afin de déterminer le vice. Par exemple, la destruction des fondations en perçant des trous dans celles-ci afin d’analyser le béton, ou, le martèlement de certaines parties du toit pour regarder au-delà des fissures et des taches n’est pas permis sans la permission expresse du vendeur. L’inspection résidentielle normale consiste à vérifier les cinq systèmes majeurs: la plomberie, les fondations, le chauffage et la ventilation, le toit et l’électricité. La durée moyenne d’une inspection résidentielle se situe entre une et quatre heures selon la superficie de la résidence. Toutefois, dans les cas d’un immeuble commercial, la plupart des institutions financières insistent pour qu’il y ait des investigations destructives là où il y a un souci pour des questions environnementales ou pour tout vice qui pourrait diminuer la valeur de la propriété, ce qui peut s’avérer plutôt compliqué et coûteux.
En procédant à une inspection visuelle non destructive, l’inspecteur qui suit les normes sera incapable de détecter les vices cachés. Ceci pourra seulement être fait (sauf pour l’instrumentation) en utilisant des moyens destructeurs. Toutefois, une inspection qui est faite correctement peut amener l’acheteur à demander une expertise plus approfondie ou spécialisée. En effet, si l’inspecteur indique, soit oralement ou dans son rapport, qu’il a identifié des défauts apparents et qu’il suggère une inspection plus poussée i.e. de la cheminée ou du panneau électrique, et que l’acheteur ne donne pas suite à cette suggestion, alors le vendeur, dans une situation contextuelle particulière, ne sera pas responsable par la suite pour tout type de vice caché. La seule exception à cette règle est que l’acheteur et/ou l’inspecteur ayant été rassurés par les réponses données par le vendeur en sont venus à la conclusion qu’il n’y avait aucune raison de procéder à une inspection et qu’il n’y avait aucune indication faite par l’inspecteur qu’une inspection plus poussée (expertise) soit nécesssaire. Toutefois, si le vendeur a exagéré, dissimulé ou menti au sujet d’un vice, il/elle serait alors tenu/e civilement responsable. Néanmoins, ceci pourrait ne pas être suffisant pour exonérer l’inspecteur qui, comparé aux autres inspecteurs faisant une inspection similaire, auraient poussé plus avant leur enquête. Ceci pourra être constaté par un expert indépendant qui évaluera si oui ou non le service rendu par l’inspecteur pré-achat était en effet prudent et diligent dans la mesure prévue par la loi (jurisprudence).
Ainsi, l’embauche d’un inspecteur en bâtiment pour effectuer une inspection pré-achat ne dispense par l’acheteur de responsabilité supplémentaire, et c’est là que s’ouvre la boîte de pandore.
(1) Loi sur le courtage immobilier; (L.R.Q., Chapitre C-73.2) Règlement – conditions d’exercice, opération de courtage, déontologie et publicité; Section 81;